Je hais le développement personnel
Je hais le développement personnel
Le succès du coaching
Le coaching est devenu un mot incontournable ; quelle est
cette mouche du coche qui agite le landerneau ?
Quelles réalités recouvre ce vocable extirpé de son champ sportif, celui
d’« entraîneur », vers des domaines aussi variés que l’entreprise,
les médias dans leur ensemble, la dépression, les difficultés
passagères, les phobies, les conduites d’échec, la spiritualité, la
télé-réalité, les Star Academy, etc. ?
Pourquoi autant de livres lui sont-ils consacrés,
occupant une part de plus en plus importante
dans les vitrines des librairies, des magasins spécialisés ou
des grandes surfaces ?
Ces livres répondent à des besoins spécifiques dans chacun de
leurs domaines, certes, mais quel est le phénomène sous-jacent?
Quel est le fait social catalyseur ou fondateur d’un tel
engouement ? Quelle est cette tendance protéiforme pour
employer le vocabulaire des journalistes de la rubrique société ?
Tous ces ouvrages touchent à un point fondamental, celui de
la construction de l’identité.
Le symptôme d’une crise identitaire sans précédent
Ils nous disent tous, chacun à leur manière, que nous vivons
une crise identitaire sans précédent.
Avons-nous besoin de tuteurs, de techniques et de recettes, de gourous, de guides, de guide-ânes, pour nous dire qui nous sommes ?
Avons-nous besoin de gardiens, de conseillers, d’accompagnateurs, de bergers,
de cicérones, de mentors pour « positiver » ?
La réponse est oui, si l’on admet que notre identité devient
progressivement une coquille vide voguant à la dérive sur le
fleuve du devenir, que le système dans lequel nous vivons nous
prive des repères fondamentaux nécessaires à la construction
de notre identité, que notre société est devenue une grande
entreprise de « désubjectivisation », pour employer le mot de
Michel Foucault, propageant une misère existentielle sans
précédent, une entreprise accélérant la perte d’individuation
au profit d’un formidable conformisme.
Une société de désublimation, de démotivation, qui à force de
calculs au sens propre et au sens figuré a fini par évacuer ce qui
fait sens : les motifs mêmes de l’existence. Nous vivons dans
une période de survie, il faudrait dire de sous-vie, acharnés
que nous sommes à répondre aux injonctions, aux sommations
hyperconsuméristes d’une société qui désingularise et qui
désenchante, qui nous réduit à la quête, par définition insatisfaite,
d’une liste de besoins, d’une «shopping list of needs»,
comme ils disent de l’autre côté de l’Atlantique.
La peur de la disparition dans un formatage généralisé
« Je hais le développement personnel ! » est un cri du coeur
pour rejeter, une bonne fois pour toutes, une mutation hypernormative
à l’américaine comme solution aux problèmes des
individus.
Le coaching fait son beurre sur la misère existentielle,
en laissant croire que la vie est une course contre tous les
autres et qu’il faut « gagner » – un gain sans réel contenu autre
que matériel.
Le développement personnel et ses techniques de
conditionnement, sous des dehors humanistes, ne sont qu’une
tentative de contrôle et de synchronisation des consciences qui
font office d’adaptation conformiste.
Tant que le coaching et ses méthodes comportementalistes
ne seront pas réellement au service des individus et de leur
épanouissement, mais à celui des entreprises et de la synchronisation
des consciences, ils favoriseront une culture de la compétition sans pitié et des techniques de « management » aussi politiquement
correctes que déshumanisantes.
Biographie de l’auteur
Robert Ebguy est sociologue, directeur de recherches au Centre de Communication Avancée international.
Détails sur le livre : Je hais le développement personnel
- Broché: 209 pages
- Editeur : Eyrolles (2 octobre 2008)
- Collection : ED ORGANISATION
- Langue : Français
- ISBN-10: 2212542178
- ISBN-13: 978-2212542172
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